lundi, mai 14, 2007

Exposé sur les syndicats

Voilà. Pauline l'a eu... enfin, elle va l'avoir à moins qu'un crinqué dans le genre de Jean-Claude St-André viennent "fucker le chien"...

Hier, conférence de presse, acclamation, "ma chère Pauline, c'est à ton tour...". Deux commentaires :
1- La moyenne d'âge des gens présents était de 64 ans. Au moins.
2- Chanter à Pauline que c'est à son tour, c'est encore démontrer que le PQ est un parti à mentalité syndicale : quand c'est à ton tour, tu y vas. Toi, le jeune, attends. Clause 34 1) ii) de la convention collective.

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Ça me mènerais à vous parler des syndicats. Je sais pas si je l'ai déjà fait dans ce site web, mais ça me tente. Si vous êtes pas content, allez lire Michel C. Auger, qui reprend l'éditorial de Bernard Descoteaux de ce matin : élire la lieutenant-gouverneur. C'est vrai que c'est une bonne idée. En attendant.

Voilà. Ce qui m'agace avec les syndicats au Québec, c'est deux choses (je susi très binaire aujourd'hui) :

1- La culture de l'ancienneté

C'est injuste, dépassé. Ça empêche tout élan à faire ça job avec plus de coeur, dans l'espoir d'avoir la promotion. Avec une liste où le prochain à avoir la promotion est déjà connu, peu importe sa compétence et son éducation, peu importe la qualité de son travail, de son leadership ou de ses idées, le candidat "désigné" ne fait qu'attendre son tour.

Les conséquences sont graves et vont autant de la démotivations des plus jeunes à la création de managers incompétents en passant par le découragement à se spécialiser. La démotivation, on la voit bien. Pourquoi se forcer en sachant qu'on en tirera AUCUN bénéfice. Faire des heures supplémentaires ne donne UNIQUEMENT qu'un taux horaire plus élevé (temps et demi). Votre bonne performance, même si elle est appréciée par votre patron, ne vous avantagera aucunement. Pire : il se trouve moulte situations où le patron vous dira "j'aimerais bien te donner un horaire plus flexible / une journée de congé / une promotion, mais c'est Gisèle qui est avant toi...".

Le corrolaire, c'est le découragement à s'éduquer. Dans un contexte où les industries primaires s'en vont et où notre capacité à se débrouiller économiquement repose sur nos cerveaux, c'est d'un ridicule consommé. "J'aimerais bien faire une maîtrise, mais mon employeur ne peut me donner une journée d'étude par semaine / je vais perdre mon ancienneté [quel ridicule concept] / je vais être pénalisé sur le choix de mes vacances, etc." Résultat : on donne de l'importance au statu quo, à l'immobilisme, à l'absence de remise en question, si essentielle dans un entreprise "apprenante", concept étudié dans toutes les écoles de gestion depuis 20 ans...

On recule. La fonction "ressource humaine" s'atrophie et l'entreprise dans son entier recule. Dans un contexte régional, où, par exemple, un syndicat national (pensons au syndicat des métalos ou au TUAC, en alimentation) régie l'ensemble d'une pratique pour le pays au complet, ça passe, parce que la concurrence aussi subi les mêmes âneries. Mais quand votre firme est en compétition contre une firme Allemande ou Suédoise, ça compte. Et ça compte drôlement en plus.

En ce qui concerne la management incompétent, ça ne se passe pas dans les "vrais" échelons managériaux, qui ne sont - heureusement - pas syndiqués, mais dans tous les "micros liens de subordinnation" au sein d'une entreprise. Jumelés au principe même de l'ancienneté, une culture du "je suis ici depuis plus longtemps que toi donc ferme ta gueule" s'installe. Alors que la subordination devrait être basé sur la "loi de nature" (je ne vous ferai pas un cours de Jean-Jacques Rousseau, mais on est pas loin de là...), où c'est le leadership naturel qui fait son chemin. Un jeune, inspirant et inspiré, peut très bien diriger des plus âgés. Ça vous embête ? C'est la preuve que la culture de l'ancienneté a fait trop de ravages...

2- La négociation en bloc des conventions salariales

Si tout le monde est supposé être égaux, il est normal qu'ils fassent tous le même salaire. Ça va de soi dans le monde syndical. Le problème, c'est qu'une chaîne ne peut jamais être plus forte que le plus faible de ses mâillons (relisez ça pour le fun. Je suis aller la chercher celle-là !). Un syndicat en négociation qui demande un salaire horaire pour 2000 travailleurs ne pourra jamais partir du niveau salarial correspondant au salarié extraordinaire. Il part d'un "poche bonifié". D'un palier qu'on sait que tout le monde peut atteindre. C'est la loi de la haie de cèdre : quand celle du voisin est trop haute, on ne met d'engrais pour le compétitionner, on appelle la ville pour faire appliquer le règlement municipal et on coupe la haie du voisin. Résultat : la rue est laide, mais toutes les haies sont égales.

Les syndicats sont les spécialistes de la loi de la haie de cèdre.

Mais, me direz vous, comment se fait-il qu'un livreur de bière syndiqué chez Labbatt fait 76 000 $ / année si on a basé son salaire sur un "poche bonifié" ? La grève, mes amis. La peur. Les gros bras. Les syndicats - surtout les cols bleus de la ville de Mourial - en ont aussi fait une spécialité. D'ailleurs, les cols bleus, sous Jean Lapierre (pas le twit de TVA, celui qui a une statue sur Pie-IX) ont déjà défoncé les portes de l'Hôtel de ville avec un bélier. C'est fort. Édifiant.

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Qu'est-ce que je propose de mieux ? Qu'on s'adapte. Je ne suis pas réactionnaire ni anti-syndical. Des syndicats, ces dernières années, ont réussi de manière brillante à jouer leur rôle premier : représenter les travailleurs. Ceux de Bombardier ont accepté des concessions sur le nombre d'heures pour descendre le prix soumissionné sur une série d'avions qu'une entreprise américaine cherchait à acheter. Embraer faisait concurrence et il fallait réagir. Les travailleurs se sont unis à leurs patrons et Bombardier a obtenu le contrat. Au lieu de résister et de voir les plus jeunes (probablement plus qualifiés, avec des méthodes nouvelles apprises dans les écoles) se faire mettre à la porte faute d'ouvrage, le syndicat a décider de choisir pour tout le monde, de favoriser les jeunes en demandant aux vieux de faire un petit sacrifice. Et ç'a marché.

En Norvège (ou est-ce en Allemagne... ma mémoire me fait défaut), les syndicats négocient toutes les conditions d'emploi, sauf le salaire. Ce dernier est le fruit d'un contrat de travail entre lui et son employeur. "Je pense pouvoir de donner ce rendement, combien penses-tu pouvoir me payer en retour ?". On re-personnalise la notion de rémunération et on laisse une large place au mérite, sans pour autant avoir signé la mort des syndicats...

Il y a donc moyen de mettre une petite dose de mérite là-dedans. De redonner le goût aux jeunes d'étudier pour être meilleur dans leur travail. D'ailleurs, on n'est plus à l'époque où on devait se trouver un emploi uniquement pour faire de l'argent. Désormais, les gens choisissent leur travail pour s'épanouïr. Ça participe à un sain équilibre mental. Est-ce sain de ne pas pouvoir fournir l'effort qu'on veut fournir ? Quoi de plus ridicule que d'empêcher quelqu'un de vouloir bien faire et de s'améliorer ? Par leur mode de fonctionnement actuel, c'est ce que les syndicats font.

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Le monde syndical est en crise puis une dizaine d'années. Avant, on s'identifiait facilement à son groupe. Le syndicat des électricien était national, large, on s'y reconnaissait en voyant d'autres gens qui utilisaient physiquement les mêmes outils que soi. Lentement, la concurrence, jumelé à la vague des "valeur de l'entreprise" a fait se distinguer les travailleurs de différentes entreprises entre eux. On appartenait d'abord à son entreprise qu'à son syndicat.

Certains syndicats se sont réorganiser en conséquence ("le syndicat des employés de Vidéotron", par exemple). Le point de raliement devenait l'employeur et non la profession ou la tâche. Évidemment, on rendait plus mince le sentiment d'appartenance au syndicat des employés : comment s'identifier autant à un syndicat qu'à son patron dans un référenciel qui est le même, l'entreprise ? Avant c'était facile : entreprise = patron et tâche = syndicat. Cette double équation n'est plus vraie.

L'identification à sa tâche a ensuite pâli. Combien de gens habillés de la même manière avec un ordinateurs, mais ayant des tâches différentes, peuplent-ils les tours à bureau aujourd'hui ? Le processus tend à l'individualisation encore plus.

C'est pire aujourd'hui : on demande aux travailleurs de fournir un rendement peu importe leur situation. On leur donne pagette, ordinateur portable et connexion permanente aux serveurs de l'entreprise. Ils peuvent donc travailler de n'importe où. Ils deviennent des "mini-départements" au sein de l'entreprise. On a décentralisé le management jusqu'à l'individu. Il fait des évaluations personnelles bi-annuelles où il compare sa pensé avec les valeurs de l'entreprise. On intériorise ces valeurs au point où l'employé qui paresse a l'impression de violer ses propres valeurs et non celles de son patron.

Dans un contexte tellement éclaté, les syndicats devront devenir des ressources, des aides, des accompagnateurs, au même titre que les ordres professionnels (d'ailleurs, les situations aberrantes comme celle des infirmière, qui ont un syndicat et un ordre professionnel qui défendent les mêmes membres mais de manière complètement conflictuelle - l'Ordre doit protéger les patient et le syndicat protège ses membres - sont appelées à disparaître. Du moins, c'est mon rêve le plus profond...).

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Je parle donc beaucoup contre les syndicats, mais qu'on me comprenne bien : j'en ai contre leur refus d'évoluer, alors que ceux de plusieurs pays ont pu renouveller leur culture, leur enracinement dans des manières de faire post-industrielles et leur entêtement à promouvoir le culte du us and them en réponse à l'éclatement de leur modèle d'antan. Au lieu de s'adapter, ils se cramponne (c'est particulièrement vrai avec la CSN, beaucoup moins avec la FTQ).

Dans un pays où 43 % des gens sont syndiqués (alors que le chiffre est autour de 15 % chez nos voisins du sud), un recentrage de la culture syndicale est plus que nécessaire. Sinon, les travailleurs et les employeurs vont en souffrir. Ce qui amènera moins d'impôts, donc moins de services publics...

La réflexion doit commencer. Et vite.

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