mercredi, mars 28, 2007

Trippe à trois

On sait déjà que c'est pas trop dans nos moeurs de faire des trippes à plusieurs à l'Assemblée nationale. En fait, c'est jamais vraiment arrivé.

Au fédéral, on a un modèle qui est là depuis deux ans. Mais avant ça, les gouvernements minoritaires (il y en a eu 9, si ma mémoire est bonne) ne faisaient pas long feu.

Comment agiront les partis ? Voyons quelques cas de figure :

Baisse d'impôts
Le Devoir de ce matin titre que M. Charest veut ses mettre en oeuvre ses baisses d'impôts. Or, les deux autres partis sont plutôt d'avis que les 700 nouveaux millions de $ d'Ottawa devraient aller dans les services, comme 83 % des Québécois. Parions que là, l'alliance aura lieu entre le PQ et l'ADQ.

Référendum
Boisclair a fait une analyse lucide de sa situation hier. Évidemment, les péquistes freaks (ceux qui réclament déjà sa démission) ne seront pas content, mais reste-t-il qu'il a eu raison : le projet souverainiste devra être mis en veilleuse. Là-dessus, on comprend vite que le PQ sera isolé.

Nationalisme
Jean Charest s'est souvent fait reproché durant son mandat de ne pas avoir été assez féroce vis-à-vis d'Ottawa. Avec un parti qui veut l'indépendance et un autre qui doit sa fondation à l'échec de l'Accord du Lac Meech, parions que les députés d'en face lui rapellerons qu'il doit montrer les dents un peu plus souvent. Bien lui en fera.

Maintient des frais de garde à 7 $ / frais de scolarité
Ici, le seul parti à avoir promis le gel dans les deux cas est le PQ. L'alliance dans ces cas risque d'être entre le PLQ et l'ADQ pour augmenter les tarifs. Par contre, le PQ proposait un plan qui seraient présenté à la population pour rendre les éventuelles hausses prévisible (et l'ADQ a la même idée, si je ne me trompe pas...). Cette idée pourra aussi être adoptée avec une alliance PQ-ADQ.

Orford
Seul le PQ proposait de rétablir le mont Orford dans son Parc National. Le PLQ l'a déjà promis à l'ami André Lespérance et ne reviendra pas sur sa décision, même contre tout le gros bon sens du monde. L'ADQ veut réduire la taille de l'État de 1 %. Il n'y a tellement plus beaucoup d'endroit où couper que Orford en fera les frais. La montagne demeurera à vendre au grand dam du PQ. Alliance ADQ-PLQ.

Places en garderie
20 000 places étaients promises par le PQ et le PLQ, dans leurs programme. Osons espérer qu'ils s'allieront sur cette question.

Privatisation des soins de santé
Le rapport Audet de 2001 nous confirmait qu'à l'époque, 31% du total des dépenses en Santé provenaient de sources privées. Ce taux a pu monter à 36 ou 37 %, malgré les investissements colossaux des libéraux dans le MSSS (c'est maintenant près de 45 % de tout le budget de l'État qui y passe !). La situation est intenable et le PLQ a déjà commencé à ouvrir la voie au privé de manière officielle. L'ADQ, c'est connu, veut un système à deux vitesses. Ces deux visions se supporteront l'une l'autre et la privatisation des soins de santé au Québec continuera, peut-être de manière plus rapide que depusi 2003. Alliance PLQ-ADQ.

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Cette courte liste nous montre bien que l'occasion fera le larron dans les mois à venir. Michèle Courchesne disait à RDI hier que l'ADQ et le PLQ ont plusieurs atomes crochus. C'est vrai, même si, à la lecture des programmes des trois partis, les textes du PLQ sont plus proches de ceux du PQ.

Mais l'historique guerrier entre le PQ et le PLQ décourage tout rapprochement. Je suis même certain que plus d'une fois, les deux partis vont prendre des positions opposées, contre toute logique, même dans les cas leurs programmes se rejoignent.

L'ADQ sera le plus sollicité par les deux autres partis. Mais étrangement, Boisclair juge Dumont fédéraliste, Charest le juge souverainiste alors que Dumont lui-même affirme que sa position est cohérente en elle-même. Le mélange d'idée au moment des nécessaires coalitions - vote par vote - sera bien intéressant.

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Sur l'autonomisme

Un mot sur l'autonomisme et ce que ça implique. On en sait peu de choses pour l'instant, sinon que c'est une alternative au fédéralisme et à l'indépendantisme.

Dumont affirme vouloir plus de pouvoir d'Ottawa. Mais ayant lui même quitté les libéraux en 1992 après le dépôt du rapport Allaire sur l'avenir du Québec (qui recommandait une dernière ronde de négociation qui, si elles échouaient, devaient nous mener à un référendum - ç'a été Charlettetown et le référendum de 1995), on sait qu'il sait que la réouverture de la constitution est impossible au Canada.

l'ADQ nous propose une constitution québécoise. Des péquistes et des libéraux ont affirmé que le Québec ne pouvaient avoir une constitution parce que la constitution canadienne nous en empêche. Et bien non. Rien dans la Loi Constitutionnelle de 1867 et les 52 textes qui y sont annexés, ni aucun jugement de la cour suprême ou aucune tradition constitutionnalisée n'empêche aucune province de se doter d'une constitution pourvu qu'elle soit dans ses champs de compétence (articles 91 et 92).

Le Québec pourrait avoir sa constitution. Mais je souligne que depuis 1975 (soit 6 ans avant Ottawa), le Québec se dotait d'une Charte des Droits et Libertés de la personne (qui reconnait d'ailleurs plus de droits que la Charte Canadienne, comme le droit de propriété). Cette loi nécessite un appui des deux tiers de l'Assemblée Nationale pour être modifiée. C'est ce qu'on appelle une loi quasi-constitutionnelle. On y lit des droits qui sont en lien avec nos valeurs, nos façons de faire, etc.

Bref, ce que veut insérer l'ADQ dans une constitution québécoise est déjà "quasi-constitutionnalisé" au Québec dans la CDLP. L'idée peut donc sembler intéressante au plan des principes et du message, mais elle sera légalement subordonnée à la CDLP, à moins que cette dernière ne soit amendée / abrogée (ce qui nécessite une majorité de 83 députés qu'est loin d'avoir l'ADQ).

Mais attendons. Voyons comment le "realty check" de l'autonomisme se vivra concrètement.

En attendant, on peut donner une explication simple à la monté de cette vision "autonome" du Québec. Avec la relâche du PLQ sur ses demandes constitutionnelles et la radicalisation du programme du PQ, il y a eu, depuis 3 ans, un trou au milieu. Les "nationalistes softs" n'avaient plus de points de repère. Généralement, et historiquement, ils pouvaient aller du côté libéral, qui, avant Charest, pouvait être très revendicateur (pensons seulement à Bourrassa).

L'autonomisme, au plan des principes, c'est le nationalisme libéral (d'où est issu M. Dumont, à une époque où, justement, le PLQ était plusnationaliste) avec une touche de populisme (par exemple, intégration du débat sur les accomodements raisonnables, qui n'a d'ailleurs plus de sens depuis qu'il a été repris par le politique - les AR relàvent d'un concept juridique, où deux droits protégés sont confrontés... on est loins des musulmans dans une cabane à sucre...).

Tant que le PLQ ne se recentrera pas pour reprendre le flambeau nationaliste ("Québec fort dans un Canada uni") et que le PQ n'adouciera pas son programme ("Référendum uniquement si on est sûr de le gagner" - "Conditions gagnantes"), l'ADQ aura tout l'espace nécessaire pour aller chercher les "nationalistes softs" qui ne veulent pas de débat référendaire (ils sont 65 % à ne pas en vouloir) et qui sont ouverts aux propositions du fédéral (le PLC n'a jamais été en mesure d'être à l'écoute du Québec, malgré deux référendum ; peut-être que le PC le sera, comme celui de Mulroney l'avait été en 1989).

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Ça s'annonce intéressant. D'autant plus que M. Harper pense à déclencher des élections ce printemps. J'espère que vous aimez voter, parce que c'est pas fini !

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