lundi, décembre 04, 2006

J'ai mon voyage...

Dion. Si on m'avait dit un jour que le père de la loi sur la Clarté, celui qui refusait de reconnaître la Nation Québécoise (sauf au "sens sociologique du terme"), celui qui siégeait au même conseil des ministres qui a mis en branle le sandale des commandites, celui qui a tout du jeune blanc-bec, premier de classe farouche et haïssable à souhait, celui dont l'anglais est pire que le mien... si on m'avait dit que celui-là finirait premier, je serais mort de rire.

Mais est-ce que je ris, deux jours après le choc ?

Je ne sais pas. J'ai été sidéré ce matin en lisant la page A3 du Devoir qui confirmait que l'alliance Kennedy-Dion datait d'avant le congrès. Le pacte était le suivant : celui qui finit 3e au premier tour prend les appuis de l'autre, qui se désistera. Or, au 1er tour, Kennedy a eu 17,7 % des votes et Dion, 17,8 %. Au totale, ce sont deux délégués. Si ces deux-là (et un autre) avaient voté pour Kennedy, Dion lui cédait sa place et Kennedy devevait chef.

Ça fait peur.

Rappellons que Kennedy s'est affiché clairement contre la reconnaissance de la Nation Québécoise. Il est appuyé, sans réserve et dans tous ses propos, par Justin Trudeau (qui porte l'héritage idélogique de père de manière honteusement anachronique). Il n'a jamais mis les pieds au Québec mais est aimé dans le ROC...

Rappellons aussi que selon le sondage du Journal de Montréal paru il y a deux semaines, 77 % des canadiens refusent de reconnaître la Nation Québécoise. Couplez ceci au fait que Dion s'est prononcé contre et à son lourd passé comme Unity Minister et vous devinez pourquoi les délégués ont continué de l'appuyer après l'alliance de Kennedy. Le ROC aime Dion. Le ROC aime la ligne dure et ne veut plus rien savoir des querelles constitutionnelles.

Une expression intéressante veut que les Français vivent dans le mensonge de De Gaulle. On entend par là qu'on croit toujours les propos de De Gaulle à l'effet que la France est la plus grande nation du monde à cause de son passé et de la manière dont elle a chassé l'ennemi Allemand durant la guerre 39-45. Or, ce sont les Alliés qui ont libérés les Français. Si ça n'avait été d'eux, ils seraient p-ê Allemand aujourd'hui...

Dion (et ceux qui le suivent) vivent, quant à eux, dans le Mensonge de Trudeau. Entendez par là que le Canada est un pays uni, multiculturel, où toutes les cultures se valent (ça, c'est la Charte, dont un des buts aoués étaient de noyer le nationalisme québécois dans toutes les ethnicités canadiennes), où la question constitutionnelle est réglée et où les nationalistes, autres que Canadiens, n'ont pas le droit d'exister.

Si le trudeauisme (qui est, selon moi, un danger pour la fédération) est une religion pour certain, les libéraux viennent d'élire leur Pape (l'expression est de Michel David). Ignatieff était un hérétique. Il fallait le sacrifier pour le mieux-être du dogme, ce qu'on a fait. Le dogme est sauf. Le saint-esprit de Trudeau est grand.

Or, la négation des nations au Canada commence à toucher plus que les Québécois. Ce week-end a aussi vu naître un nouveau chef conservateur en Alberta : Ed Stelmach. Son programme : réduire les paiements de péréquations de l'Alberta au reste du Canada, éliminer la GRC et restreindre le plus possible le mariage entre conjoint de même sexe. Si cela n'est pas un désir de cassure de l'esprit de la fédération, je me demande bien ce que c'est ! Soulignons que M. Stelmach (élu au 3e tour...) représentait le plus centriste des candidats. C'est donc dire que ses demandes, par rapport au "mainstream" albertain, sont plutôt modérée et que certains veulent plus !

M. Dion aura donc du fil à retordre avec les Québécois (c'est certain), mais je prédis des jours difficiles avec la très puissante Alberta.

Le temps du négacionisme libéral devait mourrir avec ce congrès. Les délégués l'ont plutôt fait revivre. À eux d'en payer le prix.

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